Une robe rouge carmin
L'ambiance était fiévreuse dans le groupe, certains
pensaient que leurs actions étaient molles, peu efficaces dans la mobilisation
parce qu’elles ne posaient pas les véritables problèmes qui étaient que des
pans entiers de l'économie algérienne était livrés aux trafics et trabent de
toutes sortes. L'immobilier, en particulier dans les grandes villes faisait l'objet
d'une grande corruption. Les espaces culturels devaient laisser la place aux
échoppes de vêtements contrefaits made
in Coréa ; les Algériens étaient friands de marque. Certains se prononçaient
pour un setting devant l'Assemblée Nationale Populaire, d'autres devant la
Grande Mosquée le jour de la 27ème nuit du Ramadan quand les officiels et les costumes-cravates seraient là pour ce
jour particulier dans le calendrier musulman. Stephano s'approcha de la Grenobloise
rencontrée le matin pour avoir son avis "laïque" sur la proposition
de manifester devant la mosquée. Elle semblait hésiter entre le principe de ne
pas faire de politique prés des lieux de culte et l’efficacité de la
proposition.
Ils évoquèrent alors Grenoble avec ses montagnes, ses
quartiers et ses cafés sur les places. Ils parlèrent de la dernière exposition
sur l’œuvre et la vie de Kateb Yacine à la bibliothèque d’études, à laquelle
Neyla avait participée. Puis alors
qu'ils continuaient leur conversation animée avant que leurs amis se décident
sur le lieu de rassemblement, ils s'aperçurent que tous deux connaissaient
Meymana.
Stephano était face à Neyla et évoquait sa thèse sur Kateb
Yacine qu'il avait lue à Grenoble. Il la félicitait pour son travail, lorsque
qu'il s'aperçût qu'il la trouvait
émouvante et hiératique à la fois.
Neyla portait une robe rouge carmin avec une ceinture brodée
or, rouge et vert qui lui mettait en valeur ses hanches et sa poitrine; un
collier de corail avec un talisman kabyle ornait son cou élégant; un châle en
satin rubis masquait ses épaules. Des cheveux noirs encadraient un visage à
l'ovale à la Modigliani, seuls ses yeux noirs trahissaient une fébrilité
intérieure. Il aimait le timbre grave de sa voix, ses mots passionnés dans un
corps presque immobile. Il émanait d'elle une tranquille assurance et elle
semblait sure de son charme et de son intelligence.
Au milieu de discussions politiques rudes, Stephano était
troublé et Neyla l'observait amusée, tout en le ramenant au réel de la
discussion en cours : le groupe avait choisi de se retrouver le lendemain
devant la grande mosquée.
Les textos d'information de l'événement commençaient à
crépiter hors des téléphones portables.
Stephano souhaitait revoir certains anciens dirigeants
politiques de l'opposition pour comprendre pourquoi ceux-ci n'étaient pas
mobilisés sur cet événement qui mettait
le doigt sur un problème grave qui rongeait la vie des Algérois. Il proposa à
Neyla de l'accompagner mais celle-ci refusa, elle se méfiait des politiques.

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