mardi 14 avril 2015

Chapitre 10 La robe rouge carmin


Une robe rouge carmin

L'ambiance était fiévreuse dans le groupe, certains pensaient que leurs actions étaient molles, peu efficaces dans la mobilisation parce qu’elles ne posaient pas les véritables problèmes qui étaient que des pans entiers de l'économie algérienne était livrés aux trafics et trabent de toutes sortes. L'immobilier, en particulier dans les grandes villes faisait l'objet d'une grande corruption. Les espaces culturels devaient laisser la place aux échoppes de vêtements  contrefaits made in Coréa ; les Algériens étaient friands de marque. Certains se prononçaient pour un setting devant l'Assemblée Nationale Populaire, d'autres devant la Grande Mosquée le jour de la 27ème nuit du Ramadan quand les officiels et les costumes-cravates seraient là pour ce jour particulier dans le calendrier musulman. Stephano s'approcha de la Grenobloise rencontrée le matin pour avoir son avis "laïque" sur la proposition de manifester devant la mosquée. Elle semblait hésiter entre le principe de ne pas faire de politique prés des lieux de culte et l’efficacité de la proposition.
Ils évoquèrent alors Grenoble avec ses montagnes, ses quartiers et ses cafés sur les places. Ils parlèrent de la dernière exposition sur l’œuvre et la vie de Kateb Yacine à la bibliothèque d’études, à laquelle Neyla avait participée. Puis alors  qu'ils continuaient leur conversation animée avant que leurs amis se décident sur le lieu de rassemblement, ils s'aperçurent que tous deux connaissaient Meymana.
Stephano était face à Neyla et évoquait sa thèse sur Kateb Yacine qu'il avait lue à Grenoble. Il la félicitait pour son travail, lorsque qu'il s'aperçût  qu'il la trouvait émouvante et hiératique à la fois.
Neyla portait une robe rouge carmin avec une ceinture brodée or, rouge et vert qui lui mettait en valeur ses hanches et sa poitrine; un collier de corail avec un talisman kabyle ornait son cou élégant; un châle en satin rubis masquait ses épaules. Des cheveux noirs encadraient un visage à l'ovale à la Modigliani, seuls ses yeux noirs trahissaient une fébrilité intérieure. Il aimait le timbre grave de sa voix, ses mots passionnés dans un corps presque immobile. Il émanait d'elle une tranquille assurance et elle semblait sure de son charme et de son intelligence.
Au milieu de discussions politiques rudes, Stephano était troublé et Neyla l'observait amusée, tout en le ramenant au réel de la discussion en cours : le groupe avait choisi de se retrouver le lendemain devant la grande mosquée.

Les textos d'information de l'événement commençaient à crépiter hors des téléphones portables.
Stephano souhaitait revoir certains anciens dirigeants politiques de l'opposition pour comprendre pourquoi ceux-ci n'étaient pas mobilisés sur cet événement qui  mettait le doigt sur un problème grave qui rongeait la vie des Algérois. Il proposa à Neyla de l'accompagner mais celle-ci refusa, elle se méfiait des politiques.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire