mercredi 15 avril 2015

Chapitre 15 Le hammam de l'Horloge


      
Le hammam de l’Horloge

Stephano en était à son quatrième jour de détention et à son huitième interrogatoire avec, sans cesse, le même motif «  il était un agent infiltré par une puissance étrangère qui se cachait derrière des motifs intellectuels et humanitaires ». « Depuis le Printemps arabe, ils étaient des centaines à activer dans le monde arabe et les autorités en avaient moult preuves ».
L'interrogatoire commençait toujours avec le même rituel la visite de son site Facebook où il y avait une série d'articles qui témoignaient du rachat de certains lieux et espaces en Algérie et Alger en particulier par des prête-noms afin de blanchir l'argent sale et ceci y compris en France, y compris à Grenoble.
Ce jour là, le militaire qui le questionnait était sibyllin, une fois de plus. Il semblait plutôt raffiné et chose curieuse pour Stephano, il orientait ses questions sur son activité à Grenoble mais surtout sur son entourage familial et le pourquoi de ses différents séjours en Algérie. Celui-ci s’était curieusement présenté, il s'appelait Hakim Ait Mansour.
Parfois il lui arrivait d’arrêter net l'interrogatoire. Il sortait alors brusquement de la pièce comme troublé par ses propres questions. D’autres fois il ne venait pas, durant plusieurs jours et, se faisait remplacer par un autre qui déroulait toujours les mêmes questions dans le même ordre :
1 son lieu et date de naissance
2 L’activité de sa mère à sa naissance
3 L’activité du père
4 le quartier où il habitait et les amis avec il était en contact pour cette mission.
Un jour on le gratifia d’une prise de sang « pour vérifier qu'il n'avait pas le sida » avait-on expliqué. Stephano s'inquiétait de plus en plus, il commençait à craindre des pressions qui pourraient se faire sur sa mère ou ses amis à Grenoble. 

En effet, il ne connaissait que trop bien les liens entre la France et l'Algérie, les frontières qui devenaient soudain très poreuses lorsqu'il s'agissait de maintenir un système répressif. Il avait eu l'occasion maintes fois, d'observer cela durant les années quatre-vingt-dix, durant la guerre civile où la France avait été un allié sur et indéfectible pour la junte militaire.

A Oran, Meymana venait de rencontrer une personnalité hautement placée qui lui avait signifié son incapacité à faire quoique ce soit pour elle. Le pouvoir était dans une très grande paranoïa du fait du Printemps arabe et, chaque intervention de sa part deviendrait suspecte et le mettrait lui même en danger. Il en était sincèrement désolé, mais la situation étant extrêmement sensible et il lui fallait redoubler de prudence. 

L'étau se resserrait sur Stephano et les nouvelles de Haroun n'étaient guère plus encourageantes ; tout moyen d'action semblait bloqué. Au mieux, Stephano allait passer plusieurs mois, voire plusieurs années, incarcéré ou serait expulser vers la France, au pire il s’ajouterait aux nombreux disparus jusqu’à ce qu’on oublie son existence et même son nom. Haroun conseillait  aussi à Mey et Neyla de rentrer en France car certaines de leurs allées et venues étaient observées avec  de plus en plus de suspicion.

Meymana et Neyla décidèrent alors, de faire une pause hammam pour essayer d'évacuer toute la tension et l’angoisse. Elles optèrent pour le Hammam de l'Horloge dans la vieille ville d'Oran.
La première pièce très chaude ralentissait la respiration comme pour mieux entrer en soi, enveloppées de la vapeur, elles passèrent dans la deuxième pièce moins chaude où trônait la tayaba e à adoucir les corps avec son gant rugueux et vigoureux. Mais Neyla proposa à Mey de lui faire elle même le gommage de son corps.

Pendant que Mey posait des interrogations sur les raisons qui avaient précipité Stephano dans ce gouffre, Neyla gommait son dos, ce corps que les années avaient rendu plus généreux et plus doux. Elle en aimait les formes, l'élasticité de sa peau, l'odeur qui s'en dégageait qui mêlée à la vapeur venait la troubler. Meymana lui retira avec douceur le gant de gommage qu'elle enfila à son tour pour s'occuper du corps de Neyla qui frémissait sous sa main, tout en lui racontant son amour des hommes. Puis elle dénoua ses cheveux pour les enduire de rassoul et d'huile d'argan, pendant que Neyla procédait à un henné.

Ainsi parées, elles passèrent à l'autre pièce où elles procédèrent au rinçage. Une fois fait, elles s'entourèrent le corps de la fota et sortirent se reposer sur les sedariettes et déguster un thé à la menthe tout en continuant leur conversation.
Neyla cacha sa déception et sa frustration derrière une contradiction très littéraire : non certains passages de l'œuvre de Kateb n'étaient pas datés !



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