Epilogue
Stephano raconta à
Mey l'incroyable rencontre qu'il venait de faire: le militaire de ses
interrogatoires Hakim Ait Mansour était son père. Celui-ci l'avait reconnu
grâce aux interrogatoires et vérifié sa filiation grâce au test qu'il avait
fait faire pour soit disant le sida. Stephano venait d'apprendre tout cela dans
la voiture qui le ramenait de la prison Sekarji
à l'aéroport.
Hakim lui avait
décrit son retour en Algérie, le peu de places hors mis dans l'art officiel
pour des diplômés comme lui. Il avait souhaité repartir en France mais le visa
lui avait été refusé. Après une période où il avait sombré dans l'alcool et le
sexe épais, il avait fini par rentrer dans l'armée et il avait vécu la dérive
de l'Algérie en étant dans le système en pleine guerre. Il lui décrivait les
acarnes du pouvoir, les règlements de compte, les clans divisés des militaires,
les manipulations des barbus du GIA, les moines de Tibherine, l'assassinat de
monseigneur Claverie à Oran...
Stephano racontait
tout cela d'une voix monocorde ou pointait le soulagement de rentrer au pays
avec des réponses enfin.
Il était comme un
vieux gentilhomme qui aurait été longtemps en quête de sérénité et dont un
trouble ultime continuait à faire trembler la voix comme un nageur harassé sur
sa planche de salut.
Meymana, elle
aussi, était attablée à ce pays comme au Cercle d'Eden et elle jouait aux
échecs avec Duchamp.
Trop de complexité,
de variations comme un désir forcé d'ouvrir le champ et l'horizon à la fois. Meymana
voulait retrouver sa voix posée entre lyrisme et détachement qui traversaient
les nombreuses pièces d'un film en scope.
Elle ne
voulait plus de l’absence, de temps morts et de la tension permanente
entretenue chaque jour, d'une heure à l'autre, au point que les passages sereins
vibraient de l'envolée précédente. Elle n'avait eu de
cesse de se cogner aux frontières, elle souhaitait de la force et de la
cohésion, sans son crépitant, qui épuisait son cœur et son corps.

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