mercredi 15 avril 2015

Epilogue







Epilogue


Stephano raconta à Mey l'incroyable rencontre qu'il venait de faire: le militaire de ses interrogatoires Hakim Ait Mansour était son père. Celui-ci l'avait reconnu grâce aux interrogatoires et vérifié sa filiation grâce au test qu'il avait fait faire pour soit disant le sida. Stephano venait d'apprendre tout cela dans la voiture qui le ramenait de la prison Sekarji à l'aéroport.

Hakim lui avait décrit son retour en Algérie, le peu de places hors mis dans l'art officiel pour des diplômés comme lui. Il avait souhaité repartir en France mais le visa lui avait été refusé. Après une période où il avait sombré dans l'alcool et le sexe épais, il avait fini par rentrer dans l'armée et il avait vécu la dérive de l'Algérie en étant dans le système en pleine guerre. Il lui décrivait les acarnes du pouvoir, les règlements de compte, les clans divisés des militaires, les manipulations des barbus du GIA, les moines de Tibherine, l'assassinat de monseigneur Claverie à Oran...

Stephano racontait tout cela d'une voix monocorde ou pointait le soulagement de rentrer au pays avec des réponses enfin. 

Il était comme un vieux gentilhomme qui aurait été longtemps en quête de sérénité et dont un trouble ultime continuait à faire trembler la voix comme un nageur harassé sur sa planche de salut.
Meymana, elle aussi, était attablée à ce pays comme au Cercle d'Eden et elle jouait aux échecs avec Duchamp. 

Trop de complexité, de variations comme un désir forcé d'ouvrir le champ et l'horizon à la fois. Meymana voulait retrouver sa voix posée entre lyrisme et détachement qui traversaient les nombreuses pièces d'un film en scope.

Elle ne voulait plus de l’absence, de temps morts et de la tension permanente entretenue chaque jour, d'une heure à l'autre, au point que les passages sereins vibraient de l'envolée précédente. Elle n'avait eu de cesse de se cogner aux frontières, elle souhaitait de la force et de la cohésion, sans son crépitant, qui épuisait son cœur et son corps.

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