mercredi 15 avril 2015

Chapitre 16 La pluie sur Alger


La pluie sur Alger

Meymana et Neyla retrouvaient Alger sous une pluie drue qui lavait la ville de sa poussière et de sa pollution urbaine. Le ciel était bas et les passants pressaient le pas pendant que la voiture les ramenait de l’aéroport Boumediene.

Le quartier El Harrach était boueux et le lit de l’oued se remplissait.
Arrivées à Kouba, les escaliers ruisselaient d’eau et l’inquiétude des habitants réveillait les souvenirs des inondations. Au volant Haroun racontait l’échec des dernières démarches effectuées.

Ce faisant, il taquinait Neyla sur son séjour à Oran en vantant la majesté des paysages kabyles. Meymana aimait son nationalisme régional, elle en souriait souvent, et parfois s’en agaçait. Neyla déployait sa séduction sur Haroun tout en guettant Mey dont elle espérait piquer la jalousie.

Meymana était jalouse et amusée du regard qu’Haroun posait sur le charme vénéneux de Neyla.
Le lendemain, après sa visite à Stephano, elle prendrait l’avion pour la France et laisserait derrière elle son désir et son trouble. Haroun avait femme et enfants et elle avait eu son lot d’hommes interdits, elle avait besoin de retrouver ses repères.

Elle avait trouvé Stephano effondré, dans une grande angoisse et se souciant plus de sa mère que de lui-même; il craignait des pressions voire des représailles sur elle. Pour sa part il semblait accepter son sort et se résigner à passer un certain temps dans les prisons algériennes.

Cette posture nouvelle chez lui, révoltait Meymana. Elle lui annonçait son départ pour la France afin de mobiliser certaines personnes qui pourraient intervenir en hauts lieux. L’annonce de ce départ eut pour effet de le déstabiliser un peu comme si, Mey était le seul élément sécurisant autour de lui.
Il n'oublia pas, cependant, de lui parler de ses sentiments pour Neyla et Mey lui fit comprendre à mi mots son penchant pour les femmes, ce qui finit de l'accabler.

En quittant Stephano, Meymana était tellement submergée par son angoisse qu'elle se posait la question de prolonger son séjour à Alger. Elle craignait un acte définitif de Stephano. Haroun l'en dissuada, lui enjoignant fermement de ne pas se mettre en danger ce qui serait d'aucune aide à Stephano. De plus il avait arraché une autorisation de visite sans limite pour Stephano, il pourrait ainsi veiller sur lui, il le promit à Meymana.
Elle dut convenir qu'il avait raison, il alla donc chercher sa voiture pendant qu'elle préparait sa valise.

Une heure, qui lui parut interminable, passa avant de voir revenir Haroun avec un sourire énigmatique et un regard hésitant : il venait de recevoir un coup de fil mystérieux, lui annonçant la libération de Stephano et son expulsion pour la France dans le même avion que Meymana. La voix lui annonçait qu'il déposerait lui-même Stephano à l'aéroport Boumediene. Mey hésitait entre la joie et la méfiance : est-ce une manipulation, un piège ou un retour à la raison diplomatique ? 

La joie pris le dessus, et elle sautât dans les bras de Haroun qui lui déposa un baiser furtif sur la tempe. Elle appela Neyla qui arriva aussitôt essoufflée et exubérante.
Cependant Haroun avertit par précaution des camarades, leur demandant d'être présents à l'aéroport, de manière dispersée, et de ne se rassembler que s’il y avait danger. Meymana arriva la première, suivi de Neyla et Haroun qui obtint l'autorisation de l'accompagner sur le tarmac.
Tout semblait calme et normal, mais il n'y avait aucune trace de Stephano.

Elle allait embarquer, inquiète à nouveau, lorsque Haroun lui chuchota à l'oreille qu'il avait aperçu Stephano accompagné d'un homme caché derrière des lunettes noires et un grand imperméable comme dans le films de série B. Stephano avait fait un mouvement de la main lui signifiant qu'ils allaient se retrouver dans l'avion.

Meymana se décida à quitter Haroun très émue et peu rassurée malgré tout. Elle savait que derrière elle, elle allait laisser quelque chose d'indéfinissable et de définitif. Ce n'était pas de l'amour, mais une envie de l'amour. Durant ces quelques jours elle avait danser avec une ombre, mais pour une raison inconnue elle ne se  sentait pas libre. Elle était liée, mais à quoi, à qui ?

Meymana cherchait  la place quatre-vingt-quatre lorsqu'elle aperçut Stephano assis à la place quatre-vingt-trois. Contrôlant son émotion, elle s'assit à coté de lui comme à coté d'un inconnu, seul le pied de Stephano crocheta le sien sous le fauteuil pour bien vérifier qu'elle était bien réelle et ce jusqu'au décollage de l'avion.

Les larmes commençaient à secouer le corps de Meymana. Stephano la prit dans ses bras à la grande surprise de la passagère qui était assise de l'autre cote et avec qui il avait commencé à converser.
Fériel était une Algérienne de Tlemcen, les yeux mordorés entourés de cheveux blond vénitien comme en voyait dans cette ville, coupés au carré façon garçonne, une tunique baba cool sur un jean de rigueur. Stephano reconnaissait la soie du foulard  qu’elle portait autour du cou : c’était une mrama dont les femmes se voilaient avant le fondamentalisme ; Fériel l’avait teint en rouge et machinalement l’entourait sur son poignet comme un bracelet tout en lui racontant ses études de lettres, sa thèse sur Stendhal, son groupe de rap qu’elle avait quitté comme son fiancé d’ailleurs. Ses phrases semblaient méditées, retenues mais au bord de l’excès.

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